Charles Profizi, au fil du temps...

Mon Père

Le sous-lieutenant Pierre-Paul PROFIZI

Du 8ième Régiment Mixte d'Infanterie Coloniale

 

Commandeur de la Légion d'Honneur

Croix de Guerre 14-15

 

 

Le sous-lieutenant Pierre-Paul PROFIZI du 8ième RMIC

 

 

Un survivant

du

Kereves-Dere le Ravin de la Mort

DARDANELLES Mai 1915

Charles Profizi

 

 

 

 

Pourquoi ai-je écrit ces quelques pages sur la grande offensive meurtrière du printemps 1915 des Dardanelles ? Tout d'abord, pour mieux connaître ces heures historiques et dramatiques, que mon père, le sous-lieutenant Pierre Paul Profizi a vécues et où il a été blessé très grièvement le 9 mai 1915, quatre jours après ma naissance.

Ce petit travail d’anamnèse atténuera-t-il mes regrets de ne l'avoir pas  suffisamment questionné  sur les moments tragiques qu'il a vécus pendant cette période de la Grande Guerre et aussi sur ceux de sa vie particulièrement aventureuse en Afrique. Bien entendu, j'ai pu enrichir ma connaissance par la lecture de livres, de documents et sur Internet se rapportant à la catastrophique Expédition des Dardanelles. J'ai eu le plaisir de rencontrer deux écrivains de guerre à différentes reprises : Michel Hérubel et Pierre Miquel avec qui j'ai pu longuement discuter. J'ai écrit ces pages en pensant et espérant que, peut-être, dans un temps plus ou moins lointain, un de ses descendants aimera connaître un peu  mieux la vie peu banale de son  héroïque ancêtre ?

Rappels géographiques : les Dardanelles appartenaient à l'ancien Empire Ottoman ; aujourd’hui, ils font partie de la Turquie et correspondent à la région du détroit reliant la Méditerranée (mer Égée) à la mer de Marmara jusqu'au Bosphore où se trouve Constantinople, actuelle Istanbul, l'ancienne Byzance. Ce détroit des Dardanelles entre la Turquie d'Europe (presqu'île de Gallipoli) et la Turquie d'Asie, a une longueur de 65 Km et sa largeur varie entre 1,6 et 6,5 Km. A partir du Bosphore, le détroit débouche sur la mer de Marmara formant ainsi une voie navigable importante entre la mer Méditerranée et la mer Noire.

Ce passage a été convoité depuis la plus haute antiquité par les empires ; c'est l’ Hellespont que les Perses traversèrent sur un pont de bateaux avant d'être vaincus par les Grecs. L'empereur Constantin le franchit dans sa conquête vers l'Asie, et installa sa capitale à Byzance qui prit le nom de Constantinople.

Mon intention n'est pas d’écrire sur cette bataille des Dardanelles que vous pouvez lire dans de nombreux documents, revues ou livres, mais de faire un résumé général en ciblant la période la plus meurtrière du 26 avril 1915 à la fin du mois de mai. En effet, cette phase est celle des premiers débarquements des troupes terrestres et des premiers combats du Kereves Déré et elle correspond au moment où mon père se trouvait là, et fut très grièvement blessé.

Cette expédition trop oubliée est un moment des plus douloureux et des plus meurtriers de la grande guerre 1914 -1918. Il faut dire que si l'expédition des Dardanelles n'a pas l'aura de Verdun, c'est qu'il s'agit non seulement d'une défaite mais en outre parce que de nombreux généraux, amiraux, politiciens, Winston Churchill en particulier, ont été très sévèrement jugés par l'histoire pour le concept très critiquable et la mauvaise préparation de cette expédition aux résultats désastreux.

Carte des Dardanelles

La cause invoquée et déclenchante de la déclaration de la première guerre mondiale dite « la Grande Guerre »a été l'assassinat à Sarajevo, le 24 juin 1914, de l'Archiduc Héritier d'Autriche, François Ferdinand, par un serbe. La cause profonde en a été l'antagonisme Germano slave dans les Balkans, l'exacerbation de l'expansion économique de l'Allemagne et la course aux armements.

A la suite de cet événement meurtrier, les traités, les alliances ont joué et le conflit prit une dimension mondiale.(32 nations participèrent au conflit).

  •  28 juillet 1914 : l'Autriche-Hongrie déclare guerre à la Serbie.
  •  1er août 1914 : l'Allemagne déclare la guerre à la Russie.
  •  3 août 1914 : l'Allemagne déclare la guerre à la France. L’Allemagne viole la neutralité de la Belgique, l'envahissant ainsi que le nord de la France, contraignant l'armée française à un repli au sud de la Marne. Par la victoire de la Marne, Joffre et Gallieni stoppent l'armée allemande ; un front de plus de 700 Km, de la mer du Nord à Belfort se stabilise.

Sur le front oriental, les Russes doivent évacuer la Prusse puis la Pologne.

  •  4 août 1914 : la Grande-Bretagne déclare la guerre à l'Allemagne.
  •  28 août 1914 : le Japon déclare la guerre à l’Allemagne.
  •  3 novembre 1914 : les Alliés déclarent la guerre à la Turquie.
  •  Fin janvier, les alliés décident l'expédition des Dardanelles.
  •  20 mai 1915 : l'Italie déclare la guerre à l'Autriche-Hongrie.
  •  5 octobre 1915 : la Bulgarie déclare la guerre aux Alliés.
  •  9 mars 1916 : l'Allemagne déclare la guerre au Portugal.
  •  28 août 1916 : la Roumanie et l'Italie déclarent la guerre à l'Allemagne.
  •  2 août 1917 : les États-Unis déclarent la guerre à l'Allemagne.

 

Pourquoi lancer une expédition aux Dardanelles ?

La Turquie qui semble avoir plus que de la sympathie pour l'Allemagne, paraît pouvoir menacer le canal de Suez. Conseillée utilement par le général allemand Sanders von Lima, elle laisse le passage au puissant croiseur de bataille allemand le Goeben. Les Allemands cherchent à forcer la victoire par la bataille de Verdun. Les Russes plutôt mal en point, réclament du matériel et l'ouverture d'un second front qui, par cette diversion, les soulagerait et ouvrirait une voie directe permettant de leur faire parvenir du matériel de guerre et des vivres.

Sur le papier, l'idée de forcer les Dardanelles semble donc logique, elle est toutefois très contestée par certains. Churchill qui a une forte influence au sein du War Office fait prévaloir son point de vue sur celui de Kitchener, Ministre de la Guerre.

En janvier 1915, le gouvernement britannique décidait l'expédition. La France apportait son concours et acceptait le plan britannique. En février le corps expéditionnaire se constituait et était placé sous le commandement britannique du général Hamilton. Le corps expéditionnaire français de débarquement partait de Marseille début mars pour rejoindre les forces anglaises à Alexandrie qui comportait les unités d'Australie et de Nouvelle-Zélande, les fameux ANZAC.

Certificat de blessure Les Dardanelles - Profizi Pierre Paul du 9 mai 1915
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Pendant les deux premières semaines de mars, les forts et les côtes turques subissent de puissants bombardements préparatoires à un débarquement.

L'attaque navale avait été décidée est fixée par le haut commandement pour le 18 mars 1915. Cet assaut devait être purement naval, les troupes ne devaient intervenir qu’après le forcément du détroit pour l'occupation des points stratégiques. La reddition de Constantinople devait avoir lieu le jour même !

Ce jour là, à l'aube, les dragueurs de mines protégés par des destroyers étaient entrés en action mais n'avaient pas pu progresser, ralentis par le tir intense des batteries turques et la difficulté à remonter le fort courant du goulet.

En fin de matinée une majestueuse armada, sous les ordre de l'amiral Robeck s'avance vers l'entrée du détroit des Dardanelles, elle comprend les plus beaux vaisseaux de la marine anglaise, les : Queen Élisabeth, Agamemnon, Inflexible, Nelson, Formidable, Océan, Vengeance, Irrésistible, Albion, Majestic, Triumph, et les cuirassés français : Bouvet, majestueux mais archaïque avec ses vingt ans d'âge qui comptait 654 hommes d'équipage, commandé par l'amiral Rageot de la Touche, le Charlemagne, le Gaulois, le Suffren sous les ordres de l'amiral Guépratte… la reddition de Constantinople devait avoir lieu dans la journée !

Un bombardement d'anéantissement commence. Le Queen Élisabeth envoie ses premières salves de 380 sur les forts turcs, les trois autres cuirassés suivent dans un nuage de fumée. Le Suffren, le Bouvet longent  la côte asiatique, le Gaulois et le Charlemagne sont du côté de la rive européenne.

Escadre anglo-française dans les detroits des Dardanelles

Rapidement, les mines insuffisamment draguées, causent d'effroyables dommages. Le Bouvet, touché s'incline sur tribord, chavire et coule, pavillon haut, en moins d'une minute. 709 marins dont 20 officiers s'engloutissent avec le bâtiment.Son commandant, Rageot dela Touche disparaît volontairement avec son bateau en disant à ceux qui le poussent au sauve- qui -peut : « Il y a trop de morts .Si le commandant n’en était pas, que diraitla France ? »

Seulement, 71 hommes parviennent à s'échapper du Bouvet.

À 15 h 15, l'Irrésistible heurte une mine, devient ingouvernable, il est pris sous les tirs de l’artillerie germano-turque et sombre.

A 16h10, l’Inflexible, grand croiseur moderne, est touché par une mine qui provoque une brèche de dix mètres sous la flottaison, il prend de la gîte et allait couler. Dans le compartiment des torpilles, se trouvent encore 26 hommes et un officier. Pour sauver les 1200 hommes à bord, le commandant, après deux secondes d’un dilemme tragique, fait verrouiller le compartiment, condamnant ainsi les 26 hommes et l'officier à une mort horrible. L'Inflexible arrive ainsi à se traîner à l'abri de Tonedos et plus tard rallier Malte pour se faire réparer.

À 17 h, l'amiral de Robeck, anéanti, donne l'ordre de se diriger vers la sortie du détroit. L'Océan touche une mine à 18 h 05, il est abandonné. Le Gaulois endommagé est allé s’échouer sur l'île aux Lapins. Le Suffren, vaisseau amiral vit une casemate et une tourelle détruites et tout son personnel tué. On du noyer les soutes à munitions pour sauver le navire et son équipage.

Le 18 mars au soir, cette force navale se retire piteusement, ayant perdu en huit heures un tiers de ses vaisseaux.

Churchill ne renonce pas, et prétextant qu'un débarquement est nécessaire pour obtenir la défaite des turcs, obtient satisfaction encore une fois.
  


Kereves Dere - Le ravin de la mortCette tranchée qui venait d'être conquise par les nôtres le matin même, ne se trouvait qu'à 15 mètres des Turcs, et, en un certain endroit, dans un boyau de communication, n'en n’était séparée que par quelques sacs de terre... On voit de temps en temps un guetteur qui, ayant été trop repéré à son créneau, s'effondre, le crâne troué. Il n'y avait guère plus de cinq minutes que j'étais dans la tranchée que je vu tomber le premier tué. Journal de Gaston Louis GIQUEL Sapeur du Premier Génie.

Le 9 mai 1915 au soir, c’est dans ce Ravin du Kereves Dere dit Le Ravin de la mort, que mon père est atteint d’une balle dans la tête. Le médecin du bataillon ordonne de le placer avec les « morituri » , ceux qui sont morts ou vont mourir. Plus tard, des infirmiers qui le sentent encore vivant, le brancardent jusqu’au navire hôpital le Canada qui fera escale à Tunis.

Les parfums ne font pas frissoner sa narine Il dort dans le soleil, la main sur sa poitrine Tranquille, il a deux trous rouges au coté droit.
Arthur RIMBAUD : Le dormeur du val

 

La Grande-Bretagne et la France mettent alors sur pied un corps expéditionnaire sous les ordres du général Hamilton. Ce corps expéditionnaire comprend quatre divisions britanniques et le groupement français du général d’Amade, dans lequel figurent le 4iem, le 6iem, et le 8iem RMIC (régiment mixte d'infanterie coloniale). Mon père fait partie de ce dernier régiment.

Venu de Toulon, Philippeville, Bône, Bizerte, ce groupement est concentré en Égypte puis dirigée vers la presqu'île de Gallipoli où les premiers éléments débarquent le 26 avril 1915. La partie importante du débarquement se fait à Sedd-ul-Bahr sur la côte européenne de la presqu'île ; une seconde partie à Koum Kaleh, sur la côte asiatique, pour créer une diversion sous les ordres du colonel français Ruef.

Les lignes suivantes sont extraites de : Histoire du Monde -- XXe siècle.

 

« Le gros des forces britanniques a débarqué avec des éléments français entre le cap Tekké et Sebd Ul Bahr, à l'est de la baie de Morto. La progression du 27 au 29 avril ne dépasse guère quatre ou cinq kilomètres. La brigade coloniale encadrée au nord par les Britanniques, au sud par la brigade métropolitaine, s'adosse à la baie de Morto , et subit, du 1er aux 4 mai, de violentes attaques turques  , des renforts et notamment l'arrivée d'une nouvelle division française comprenant la quatrième brigade mixte coloniale (7e et 8e RMIC) permettent de stabiliser, difficilement, la situation.

Ces éléments à peine débarqués participent à une offensive les 6 et 7 mai en vue d'enlever le plateau Ouest du Kereves Deré, objectif des Britanniques, et clé de toute la presqu'île de Gallipoli. Combats très durs, et gain d'un kilomètre seulement, appréciable pourtant, car la zone arrière, bien réduite, s'élargit d'autant. »

et Mon père, sous-lieutenant à la première compagnie du premier bataillon du 8iem RMIC débarque le 6 mai, très probablement à Sedd-ul-Barh. Sa compagnie est engagée le lendemain sur le secteur du Kereves Deré appelé le «ravin de la mort ». Le 8 et le 9 mai il participe à l'assaut général des retranchements ennemis, qui seront enlevés par son bataillon. Le soir du 9 mai, juste avant la conquête du retranchement turc, mon père est atteint d'une balle à la tête qui traverse la pommette droite, le conduit auditif et fait exploser l'os du rocher, mettant les méninges à nu. Il a perdu connaissance. Le médecin de bataillon juge la blessure mortelle et ordonne de le placer avec les «morituri », c'est-à-dire avec ceux qui vont mourir et dont on n’a pas le temps de s’occuper. Un brancardier qui n’est pas convaincu et qui le connaît, enfreint l’ordre et l'embarque sur le navire hôpital le « Canada » où il recevra les premiers soins, reprendra connaissance puis il sera débarqué et hospitalisé à Tunis, plus tard rapatrié en France et hospitalisé à l'hôpital Desgenettes à Lyon. Les pertes françaises du 2 au14 mai s’élèvent à 183 officiers, environ 12000 hommes, soit 65% de l’effectif.


Pierre-Paul PROFIZI à l'hôpital de Tunis en 1915 avec pansement cranien

X            
Mon père à l'Hopital de Tunis en mai 1915                  

 

Mon père n'était pas très disert sur son vécu pendant la guerre, que ce soit dans les Ardennes, ou aux Dardanelles, mais les quelques récits qu'il m'avait faits de ces moments inoubliables, terrifiants et souvent barbares, me disait-il correspondent presque exactement à la lecture de plusieurs documents dont j'ai eu connaissance et de certains chapitres du livre de Michel Hérubel : « La Bataille des Dardanelles ou la tragédie annoncée » ou du livre de Pierre Miquel « L’Enfer des Dardanelles »

Voici un passage tiré du « Journal du caporal-chef Ben Youssef » dans lequel j'imagine facilement le rôle de mon père, qui à ce moment avait le grade de sous-lieutenant.

 

Un assaut parmi d’autres.

« Le vendredi 21 mai 1915, à neuf heures, le caporal chef Ben Youssef de la cinquième escouade de la troisième compagnie du premier bataillon de zouaves, aux ordres du commandant Dumont et du capitaine Brealy fait donner la consigne dans les tranchées :

« Rassemblement au cinquième pylône. Nous passerons à l’attaque à la fin de l'après-midi ».

Grognement des hommes, soulagés d'une longue attente. Le moral est bon. Depuis huit jours une compagnie turque est devant, à 800 mètres environ. L’attente était devenue insupportable ; les mitrailleuses et les mortiers interdisaient tout déplacement aux Français. Les obus des batteries turques de 77, la plupart commandées par des Allemands, bouleversaient leurs tranchées. La troisième compagnie avait eu des pertes: deux servants de mitrailleuses et le cuisinier, un ancien légionnaire alsacien, nommé Bertrand, qui portait la soupe à la cinquième escouade avaient été tués.

Les tranchées turques étaient légèrement en surplomb du ravin ; Il terminait une petite pleine caillouteuse qui commençait à Sedd-ul-Barh et se terminait au Kereves_Deré, sur la côte est de la péninsule de Gallipoli, pauvre bande de terre où était entassé le corps expéditionnaire français. Au loin, l’Achi Baba, vague colline pelée, enjeux d'une furieuse bataille depuis le 25 avril.

Le bataillon Dumont prolongeait le front tenu par les Anglais et les néo-zélandais, les Anzac, jusqu'à la mer. A cet endroit, la baie de Morto, la côte de Gallipoli se trouvent séparés de la côte asiatique, où s'élève le fort de Koum Kaleh, par le détroit des Dardanelles : la largeur n'y dépasse pas 3000 mètres. Une partie de l'armada Alliée y était rassemblée dans une apparente confusion : cuirassés, croiseurs, torpilleurs, dragueurs de mines, transports, cargos, remorqueurs. Des salves partaient des cuirassés et des croiseurs. Elles avaient écrasé, en principe, ce qui devait rester de l'appareil des forts turcs qui barraient la péninsule. La marine, depuis son échec du 15 mars, deux mois auparavant, devenait un appoint ; cantonnée dans un rôle d'appui feu,  elle permettait à l'infanterie alliée de débarquer, de reprendre souffle entre deux contre- attaque ennemies.

Les Shrapnels et les rafales de mitrailleuses n'empêchaient pas le premier bataillon de se concentrer autour du cinquième pylône, sorte de deux misérables monticules saccagés par les obus  entre les lignes alliées et turques. Ce serait là que l'attaque devait débuter. Tout le monde était déjà heureux d'avoir pu y parvenir malgré le tir des 77 d'en face. Les Français, zouaves, coloniaux et sénégalais, défendaient un ravin qui débouchait sur la baie de Morto. Au loin l'artillerie du cuirassé Jauréguiberry appuyait de ses 305 l’attaque pendant que le croiseur le Latouche-Tréville et les contres torpilleurs chasseur Sape et Trident,, plus près de la côte, traitaient les objectifs mineurs.

Tout à coup, comme un ouragan, des grondements lourds roulent au-dessus des têtes. Chacun les reconnaît ; ce sont les 305 des cuirassés de l'escadre française qui viennent prêter main forte au Jauréguiberry. Les impacts, cinq kilomètres plus loin vers le mont Achi Baba, font trembler le terrain.

Ce n'est pas trop tôt, dit Bres.

Ce n'est pas encore l’heure, répond Ben Yousef. Nous n’attaquerons qu'après le matraquage des tranchées turques par nos 75 et nos 120. À nouveau l’attente. À gauche, sur le front de la Royale Navale Division de l'armée britannique commandée par le général Hamilton, les éclairs accompagnés des éclatements des obus d'une livre, déchirent le ciel. Nos 75 se taisent toujours. Un mouvement dans la tranchée : une estafette essoufflée se présente à Ben Yousef : caporal, le lieutenant Bosson vous donne l'ordre d'attaquer dans cinq minutes. Nous n'aurons pas les 75... Nos téléphonistes non pu joindre la batterie, les canons d'en face ont coupé les fils, paraît-il.

On s’en  passera, fait Ben Youssef philosophe.

À 19 h 30, des coups de fusil éclatent, puis les rafales serrées des mitrailleuses turques. On entend :

« A la baïonnette, les gars ! À la baïonnette ! »

Ben Youssef et son escouade escalade la tranchée. Les obus de 75 arrivent en mugissant. Ils éclatent devant eux. Les artilleurs français rattrapent leur retard. Ben Youssef et les siens vont être écrasés sous les coups de leur propre camp ! Enfin ! L’artillerie rallonge le tir. Il était temps. L'ennemi reçoit alors une pluie d'obus. Le tir s'allonge encore pour permettre aux zouaves de se jeter, en poussant des cris, dans les tranchées turques, les baïonnettes prêtes à les traverser.

Les survivants ripostent. Des ordres, des gueulements, des plaintes s’élèvent des terres labourées que traversent les hommes, le dos courbé, le fusil à la hauteur du casque dans les nuages de poussière, de fumée, au milieu de l'odeur acre de la poudre.

Ben Youssef ressent une douleur à l'épaule, il continue d'avancer, son Lebel pointé vers l’avant. Il saute sur le corps d'un blessé. Un officier turc n'a pas le temps d'appuyer sur la détente de son Luger, ben Youssef ferme les yeux et l'embroche, la baïonnette dans le ventre. Le visage du turc blêmit, ses traits  se convulsent ; Ben Youssef se retourne et découvre un homme, une cuisse fracassée par des éclats d'obus. Il est fichu. Il va mourir dans une agonie atroce. Le caporal ferme les yeux et tire...

La tranchée est prise. C'est la première ; mais il y en a d'autres. Les turcs sont accrochés à ce minable flanc de ravin comme des sangsues. La nuit tombe, on entend des gémissements, les appels des blessés. Les infirmiers s'affairent dans les éboulis, parmi les barbelés. Les hommes, accablés au-delà du supportable, se jettent dans le premier trou pour y prendre un instant de repos.

Les tirs se sont tus. Dans les lignes françaises, comme en face, chacun tente de ne pas sombrer dans le sommeil. Au loin les canons tonnent encore du côté de chez les Anglais. Devant la côte, les torpilleurs et le Guépratte se sont retirés vers le cap Helles pour éviter les mines dérivantes. À l'horizon on distingue le Jauréguiberry, bâtiment amiral et le vieux croiseur Latouche-Tréville. Ils se sont tus et ressemblent, devant la côte, à deux vieux chiens de garde fatigués d'avoir aboyé toute la journée. Ben Youssef souffre de son épaule. La blessure n'empire pas. Il a placé un pansement à l'endroit où la balle a éraflé la chair ; la chance.

 Les premières classes Guillermain et Nirdès ont été tués dès le début de l'action. Il  y a eu trois blessés : le tambour Fornet, le deuxième classe Sanchez et Métivier. Les infirmiers les évacuent. Ben Youssef parle à ses hommes pour qu'ils évitent de s'endormir. On pousse des cadavres de soldats turcs pour trouver des places convenables où se caler sur son barda. Les hommes ont le droit d'enlever leur capote. Ben Youssef organise des tours de garde. Chacun bénéficie d'un brin de sommeil. À l'aube, il renvoie une corvée chercher du jus ; elle revient deux heures plus tard avec un demi quart tiède pour chacun. Le lieutenant donne alors l'ordre de remettre la capote et de prendre des paquets de pansements que les infirmiers distribuent. Les hommes grognent.

Ça va chauffer ! dit Costier.

Silence lourd. Le jour se lève. Tous les visages sont graves. Le capitaine Bréaly convoque ses officiers. Conciliabules. L’attente recommence. Les nerfs sont tendus. Un homme écrit un mot au crayon sur une enveloppe froissée, un autre caresse machinalement son fusil. Il fait grand jour, dans le détroit les cuirassés sont immobiles. Les torpilleurs et les trois dragueurs sont revenus. Ils semblent hésiter sur la direction qu'ils doivent prendre. Leur présence est plutôt rassurante

Le lieutenant Bosson arrive. Il prévient Ben Youssef.

Bombardement général à 11 h 45 ; aussitôt après nous attaquerons. Bosson s'assure que le barillet de son revolver d'ordonnance 98 est alimenté. Il regagne son poste en se faufilant au milieu de ses hommes et des cadavres turcs dont l’odeur devient insupportable.

11 h. Un avion dans le ciel. Un français. Il vient de la base d’Imbros. C'est un hydravion, un Farman, un observateur. Il passe au-dessus des tranchées occupées par notre 156e division, commandée par le général Bailloud.

Le 15 mai, le vieux lord John Fisher, premier Lord de la Mer, avait démissionné après avoir obtenu le retrait du cuirassé Queen Élisabeth, magnifique unité moderne de 30 000 tonnes dont la portée des canons de 380 atteignaient 30 Km: « je trouve de plus en plus difficile, avait-il écrit à Winston Churchill, de m'adapter à vos exigences pour les Dardanelles. Vous êtes résolu à les forcer. Rien ne vous en détournera. Rien. Je vous connais si bien. Vous restez, donc je m'en vais. Cela vaut mieux ainsi ». Le même jour, le gouvernement français, qui ne voulait pas être en retard d'un bateau, effectua les mutations qui s'imposaient. Las de voir ses hommes sacrifiés depuis des semaines dans une conception erronée qu'il n'avait cessé de dénoncer, le général d’Amade commandant le corps expéditionnaire français, regagna la métropole.. Il fut remplacé par le général Gouraud. Le même jour également, l’amiral Guépratte, dont on redoute l'audace communicative, « boute- feu, l'illuminé » disait on à Paris, est remplacé par le vice amiral Nicole. Les alliés seront déchirés entre le désengagement et la poursuite des opérations. Il  y a déjà plus de 20 000 morts et six cuirassés coulés depuis seulement deux mois. On comprend Fisher et d’Amade.

Cuirassé Le Bouvet

Le Farman décrit de larges orbes au-dessus des lignes de l'ennemi. Les canons ne tirent pas sur lui. Mauvais signe. Les turcs ne veulent pas se faire découvrir. Ils attendent les Alliés derrière leurs mitrailleuses Maxims. L’hydravion s'en va et disparaît vers le cap Helles. Il a rempli sa mission. Sans doute pour un futur réglage de tir des « gros », ces vieux cuirassés qui fumottent toujours, là-bas, assis sur leur large cul en acier Harvey et qui devraient être déjà à la ferraille au fond de l'arsenal de Toulon. Vraiment, les huiles de la rue Royale ont gâté la flotte ! Mais ces vieux bateaux ont du 305, et les gros obus font des dégâts. Un sous-marin allié, ou même un allemand, venu de Willhelmshaven, qui a déjà coulé un cuirassé anglais, revient d'une audacieuse opération en mer de Marmara. On dit dans les tranchées qu'ils font du bon travail, torpillant les transports turcs débouquant de Constantinople ; ils alimentent en hommes et en matériel le front de Gallipoli et les divisions installées sur la côte d'Asie.

Un torpilleur avance lentement entre ces trois « racleurs » qui tentent de surprendre les mines dérivantes : la terreur des navigants. Derrière des files de barges chargées d'hommes, de canons et de ravitaillement. Elles sont traînées par des remorqueurs archaïques qui lâchent des tourbillons de fumée noire. Barge, ravitaillement et remorqueurs ont été achetés hors de prix, à l'arsenal du Pirée. Les Grecs continuent de faire de bonnes affaires. Les Dardanelles, ça paye. Les barges vont accoster à des pontons de fortune apiqués sur la plage de la baie de Morto. Après quoi, les hommes et les bêtes n’ont pas à aller loin pour trouver le front, 3 à 4000 mètres, au plus. Les uns jouent aux cartes, sans conviction ; d'autres fument. La dernière cigarette ? Bres a dit à son sergent :

Je n'en reviendrai pas. 

Tais-toi, a répliqué Ben Youssef.

Il a lâché un gémissement bref quand il a voulu hausser les épaules. Duquesnois se penche vers le caporal :

Si je n'en sorts pas, j'ai une lettre pour ma famille dans la poche droite de ma capote.

Ben Youssef ne répond pas.

Alors, brusquement, le sol tremble à nouveau. Il est 11 h 30. Le Jauréguiberry lâche des bordées de ses 305 derrière le Kéreves-Deré sur ce maudit Achi Baba, misérable crâne dénudé de 240 mètres de haut. Mais ici, à Gallipoli, tout prend des proportions extraordinaires, et l'on s’étripe, on s’égorge pour un sac de terre de protection, un mètre carré de caillasse comme plus tard à Verdun. Le

Latouche- Tréville et les contre-torpilleurs canonnent les pentes du ravin. Le torpilleur et les trois dragueurs les protègent en amont.

La baïonnette au canon, les zouaves attendent. Benny Youssef entend crier plusieurs fois le lieutenant Bosson :

À l'attaque !

Les 75 tirent sans désemparer. L'escouade court vers la deuxième ligne turque. Elle la trouve bouleversée par les obus français. C'est plein de mort et de blessés. Sous le soleil ça pu déjà. Ben Youssef est atteint de plein fouet par une balle dans l'épaule droite. Les deux épaules ! Mais cette fois c'est grave. Il tente de fermer la blessure avec tous les pansements qu'il possède.

De leur troisième ligne de défense les mitrailleuses ennemies maximes, à la cadence si caractéristique, arrosent les zouaves. Ils sont cloués sur place. Les restes d'une compagnie de sénégalais, qui ont perdu leurs officiers, se débandent. Les sous-officiers les reprennent en main. Des hommes de la cinquième escouade sont tués. Il y a des blessés. Les autres se sont repliés, écoeurés de se jeter en avant, à nouveau à la baïonnette, devant des mitrailleuses.

Ben Youssef souffre le martyr... Il a compris. Les canons des bateaux français tiennent les Turcs en respect ; mais pour combien de temps ? Le caporal chef et seul. Malgré les pansements, le sang coule sur sa capote, Il en a dans les yeux. Il a tenté de regagner sa tranchée ; mais il se trouve pris entre deux feux. Il rampe, s'écorche aux barbelés. Plein de terre, la capote déchirée, le visage en sang, il arrive enfin à portée de voix de l'endroit des premières lignes d’où il est parti à l’assaut. Il crie :

Les amis ! Ne tirez pas ! Je suis des vôtres

Il cite quelques noms de son escouade ! Un lieutenant répond :

Au deuxième coup de sifflet, vous sautez dans la tranchée !

Les deux coups sont étouffés par les rafales de balle qui passe au ras du casque de Ben Youssef. Il se relève, chancelant, rassemblent ses forces et s'élance vers la tranchée où il tombe. Sauvé !

Au cours de l'assaut du 22 mai 1915, le premier bataillon du deuxième régiment du lieutenant-colonel Bernadotte, a été décimé. Son chef, le commandant Dumont, et le capitaine Bréaly de la troisième compagnie, ont été tués. Les trois quarts de la compagnie n'existent plus. Le lieutenant Bosson est mort. De la cinquième escouade il ne reste que six hommes. Tous blessés. Brès, Duquesnois Maurice sont tombés sous les rafales turques quelques minutes seulement après avoir escaladé leur tranchée.

C’était un assaut parmi tant d'autres aussi sanglants. Pour rien. Rien au bout de cette terre déchiquetée du cap Hellès, devenu un piège pour des milliers d'hommes ».

À ce récit qui montre toute la barbarie de cette guerre, il faut ajouter quelques lignes sur le rôle des « nettoyeurs de tranchée ».

Après une attaque et la prise d'une ou plusieurs tranchées, les blessés et les prisonniers ennemis qui se trouvaient dans les tranchées nouvellement conquises représentaient un véritable danger, car ils pouvaient récupérer des armes et tirer dans le dos de leurs adversaires. Dans les unités de combat, un commando d'hommes avait pour mission de liquider les nids de résistance, fouiller les abris, les tranchées et les boyaux dans les moindres recoins et de ne laisser aucun survivant. Leurs armes étaient le fusil et sa baïonnette, un couteau et un revolver. Mon père me disait que c'était l’acte de barbarie le plus horrible, le plus féroce qu'il connaissait. Heureusement ces nettoyeurs de tranchée étaient le plus souvent des volontaires .Volontaires, parce que ayant vu mourir tant de leurs camarades, ils étaient mus par la vengeance, ce qui évitait la pénible désignation des hommes pour ce massacre, me disait mon père.

En dépit de cette bestialité inhumaine, il faut dire, et cela paraît surréaliste, qu'une sorte de déontologie de la guerre, pouvait exister. Malgré les féroces corps à corps il y avait, confusément, une haine et en même temps un respect réciproque avec des us et coutumes. Les clairons, de part et d'autre, pouvaient sonner le « cessez-le-feu » et pendant quelques minutes il était possible de dégager les morts, secourir et évacuer les blessés, puis le combat reprenait.

Et après ?

Après le 9 mai, le jour où mon père a été très grièvement blessé et évacué, les attaques se sont poursuivies et cela pour gagner quelques dizaines de mètres, puis les perdre, puis les regagner, les reperdre.

Le 25 mai un sous-marin allemand torpille à mort leTriumph et le 27, le Majestic . Quelques jours avant un torpilleur turc coulait le Goliath, puis tour à tour nous perdions le Joule puis le Mariotte et la Turquoise

Le 4 juin, nouvelle attaque (deuxième) sur le Kéreves-Déré. Le 21 juin, troisième combat sur les mêmes lieux. 30 juin, quatrième combat. Les12 et 13 juillet cinquième combat. Le 7 août sixième combat toujours sur ce me maudit

« Ravin de la mort ».

Le 15 septembre, les Bulgares sont sur le point de signer un accord avec les Turcs, ils attaquent les Serbes. Les alliés se trouvent alors devant une nouvelle situation. Le général français décide aussitôt d'expédier à Salonique l'une des deux divisions des Dardanelles. Le 28 décembre l'ordre est donné au corps expéditionnaire d'évacuer complètement la presqu'île de Gallipoli. Ce décrochage, pour une fois bien préparé, et exécuté par surprise, par un temps calme fut une merveilleuse réussite. C'était la fin du cauchemar.

On ne peut pas parler de l'expédition des Dardanelles sans faire une référence au génocide des Arméniens. À Constantinople on criait victoire, et d'un seul coup les Arméniens devenaient des suspects. D'abord détestés par les Turcs parce qu'ils étaient chrétiens, ils furent bientôt accusés d'occidentalisme et d'espionnage et ainsi commença le génocide. En avril et mai 1915, 150 000 Arméniens furent massacrés, puis 2 millions subirent le même sort jusqu'en 1918.

 

Cuirassé Bouvet - Commandant RAGEOT de la Touche

 

Conclusion

Hormis les pages, trop peu connues, de ces courageux soldats et marins, le seul résultat des Dardanelles c'est l’usure de l'armée turque qui avait engagé 700 000 hommes et en a perdu 118 000 dont 66 000 morts. Les Anglais sur 460 000 hommes en ont perdu 120 000 dont 31 000 morts. Sur 80 000 combattants Français, 27 000 furent tués ! Résultat payé très cher.

Dans les états-majors, dès les tout premiers jours, c'est la zizanie, les règlements de compte, cabales et intrigues.

Le 14 mars, Hamilton démissionne du fait de sa discorde avec Winston Churchill et le commandement passe aux mains de Robeck (deux jours avant l'assaut général).

Le 9 mai (jour où mon père est blessé) l'amiral Guépratte est démis de ses fonctions et remplacé par le vice-amiral Nicole.

Le 14 mai, le général d’Amade, à bout de nerfs après la mort de son fils et la vue du carnage des combats, donne sa démission, il est remplacé par le général Gouraud.

Fischer en désaccord total avec Winston Churchill, démissionne.

Le Ministre de la Marine Française, Augagneur a été remplacé par le vice-amiral Lacaze.

Le 15 octobre Hamilton est remplacé par Sir Charles Monro.

Voici la conclusion de Lord Wester Wemyss qui a eu le grade d’ « Amiral de la Flotte » dans son livre la Marine pendant la campagne des Dardanelles

« Cette tragédie, il faut l'attribuer principalement au système qui place la direction des opérations navales et militaires entre les mains d'hommes dépourvus du savoir et de l'expérience nécessaire pour cette tache et qui, en outre, sont exemptés des conséquences de leurs actes ». Et celle de Liddel Hart :   « engendré par des stratégies confuses et rendu stérile par l'obstination des marins, le débarquement de Gallipoli fut gâché dès l'abord par le traitement brouillon que lui infligèrent les armées de terres. La flotte ne pu jamais attaquer. Cependant, si chaque navire confié à l'amiral de Robeck avait été coulé, si tous les équipages avaient été noyés dans les Dardanelles, les pertes navales auraient représenté moins de la moitié des tués déplorés par les forces terrestres, morts pour aider en vain la marine à  forcer le détroit ».

L'échec du forcement naval des Dardanelles entraîna la démission de John Fischer, Premier Lord de la Mer, après cette lettre adressée à Churchill Premier Lord de l’Amirauté

« 15 mai 1915

Premier Lord,

 

Je suis venu à la conclusion regrettable que je suis dans l'impossibilité de rester plus longtemps votre collègue. Il n'est pas nécessaire d'entrer dans les détails.... Je n'arrive pas à m'adapter aux exigences croissantes des Dardanelles. Je n'arrive pas à vous suivre. Comme vous l'avez justement fait remarquer hier, je suis obligé d'opposer un veto à pratiquement toutes vos suggestions.... Je pars pour l'Écosse immédiatement pour éviter toute interrogation.

Votre dévoué.

Fischer ».

Winston Churchill, Premier Lord de l'Amirauté, fut remplacé par M. Balfour le 26 mai 1915.

En 2002, l'Association Nationale pour le Souvenir des Dardanelles qui regroupe les enfants, petits-enfants, parents des soldats de l'expédition de 1915, et dont je suis membre en mémoire de mon père, s'est rendue sur les lieux des combats et les tombes. Je n’ai hélas, absolument pas pu m’y rendre.

Ernest Stocanne, avant-dernier Président de l'Association, et dernier combattant des Dardanelles, s'est éteint à 105 ans la veille de l'an 2000.

 

Le 3 mai 2015, John Crowe le Président de Gallipoli & Dardanelles International à Londres m'a fail l'honneur de m'inscrire comme membre de son association en qualité de Pupille de la Nation, centenaire, fils d'un grand blessé des Dardanelles.

 

Gallipoli & Dardanelles International

Gallipoli & Dardanelles International

 

ANOTHER GALLIPOLI CENTENARY
Jean Charles ProfiziOne of our French G&DI members, Dr Jean-Charles Profizi, celebrated his 100th birthday on 3 May 2015, one week after the Gallipoli Centenary Commemorations.
Dr Profizi lives in Toulon in France and has a strong family connection with Gallipoli, having actually been born during the campaign. His father fought at Kereves Dere in the second battle of Krithia. He was wounded in action, but survived a bullet wound to the head.
Dr Profizi explains: "I am very old—100 years on the 3rd of May next [2015]. I am a Ward of the Nation, because my father was injured [on] the 9 May 1915 at [the] Kereves Dere fight. I was four days old!"
Gallipoli & Dardanelles International takes this opportunity on behalf of all its members to wish Dr Profizi our warmest congratulations and best wishes on reaching this historic milestone. We are privileged and honoured to have him as our first centenarian G&DI member.

De : "Profizi Mogentale"
Date : jeudi 18 juin 2015 10:55
A : "John Crowe"
Objet : A bad day after a good day

Dear John
I am very greatful with my heart having been registered as a member of Gallipoli & Dardanelles International, as well as the very loudsburg notice that you’ve posted on Facebook. Fifteen days ago, If you asked me to meet you in Paris or London, I would have answered vith pleasure:”Wherever you like”. As of to day, I could not ! On june 7 th I had an important heart infarct. I was put 2 stents in the left coronary artery. I am still in the world...in a happy mood. I keep the hope that we will meet again.
With many thanks and kind regards.
Charles