Charles Profizi, au fil du temps...

L’exil de Pie VII à Fontainebleau

 19 juin 1812      23 janvier 1814

 

Les rapports entre Napoléon et Pie VII ont été ambigus et complexes le plus souvent tendus, tumultueux et parsemés d’incidents mais la séquestration, l’exil et son emprisonnement à Savonne puis à Fontainebleau furent les épreuves les plus douloureuses de son pontificat. Pendant près de cinq ans (du 6 juillet 1809 au 24 mai 1814) Rome fut privée du pontife et l’Eglise eut à souffrir de la captivité de son chef, pourtant « aucune protestation ne se fit entendre, pas une seule voix protectrice ne descendit des trônes catholiques en faveur de cet illustre prisonnier » a écrit le cardinal PACA dans ses mémoires.


Le transfert du pape de Savonne à Fontainebleau ne concerne pas directement notre sujet mais il faut rappeler qu’il fut effectué dans des conditions épouvantables. Le mercredi 9 juin 1812, à minuit, le convoi comprenant le pape et ses accompagnateurs partit secrètement de Savonne en direction d’Alexandrie à une allure accélérée, sur des routes étroites. Le Pape était fiévreux à cause d’une infection urinaire, et les chaos accentuaient la douleur et ses traits s’altérèrent rapidement. L’équipage arrive enfin le vendredi vers deux heures du matin à l’hospice du Mont-Cenis. Quand le moine portier aperçu le pape au fond de la voiture il crut qu’on lui livrait un moribond. L’épuisement du pape et la forte fièvre dont il souffrait inquiétaient sérieusement sa suite et le pape reçu l’extrême-onction. Le prince Borghèse, beau-frère de Napoléon et Gouverneur des départements français au-delà des Alpes était atterré et craignait que survienne le pire mais les ordres de l’empereur étaient catégoriques. Le chirurgien Claraz venu de Lanzlebourg donna ses soins au pape pendant deux jours, mais comme il s’était opposé à son départ, le capitaine Lagorse lui donna l’ordre d’accompagner le convoi. Nous pouvons imaginer le calvaire de ce vieillard presque agonisant durant les neuf longues journées de voyage de Savonne à Fontainebleau y compris l’arrêt de trois jours à l’Hospice du Mont-Cenis. Une longue lettre du docteur Claraz qui relate le voyage est conservée dans les archives du British Museum sous le numéro 8389.

Grille du Château de Fontainebleau

Le 19 juin vers midi les voyageurs arrivèrent enfin au château de Fontainebleau devant la grille de la cour du Cheval Blanc, appelé aujourd’hui Cour des Adieux. Une surprise désagréable attendait le cortège du pape. Le gardien du château, M. Ribes qui n’avait pas reçu d’ordre, très embarrassé par cette situation, déclarait qu’il ne pouvait pas assumer cette responsabilité et qu’il allait en référer à ses supérieurs. Toutefois, par respect pour le pape et devant son aspect tellement souffrant il proposa de le conduire dans une maison voisine du château appartenant à M. Moreau qui avait été secrétaire du Conseil d’État auprès de Louis XVI. C’est dans cette maison que Pie VII passa ses premières heures de prisonnier à Fontainebleau. Les médecins installèrent le pape dans une chambre et le capitaine Lagorse dérangé par cet incident envoya un message à Paris pour signaler l’arrivée du pape.

Peu après son installation provisoire dans la maison Moreau, Pie VII reçu la visite du duc de Cadore, Intendant de la couronne qui apportait en retard les instructions de mise en place des appartements habités huit ans auparavant par le pape à l’occasion du couronnement de Napoléon. En fin de soirée le pape était transporté dans la cour d’honneur du château de Fontainebleau. S’appuyant sur le bras du docteur Porta il monta péniblement l’escalier du Fer à Cheval et arriva à la chambre qu’il avait précédemment occupée. Finalement il avait un lit ou épuisé il peut s’étendre.

Dès le lendemain de l’arrivée de Pie VII à Fontainebleau, le ministre des cultes, Bigot de Préamenu, le général Savary, duc de Rovigo, ministre de la police générale et de nombreux autres ministres se rendirent au château pour rendre hommage au pape. Trop fatigué et souffrant il ne put les recevoir. Mais il faut dire que ces manifestations de respect pour le pape faisaient parti du plan de Napoléon, afin de faire croire à l’opinion publique que celui-ci se trouvait à Fontainebleau de son plein gré et que non seulement il était bien traité mais qu’il recevait les plus grands hommages dus au chef de l’église. En réalité ses intentions plus secrètes étaient de se concilier les faveurs du pape afin d’obtenir un concordat plus favorable pour son image. L’empereur avait prescrit au duc de Cadore, intendant de la couronne de résider à Fontainebleau « pour veiller à ce que Sa Sainteté trouve dans son palais les commodités et les agréments que Sa Majesté désire lui procurer »

Chambre du Pape Pie VII au Château de FontainebleauLes cardinaux rouges Doria,Dugnani, Ruffo (ainsi appelé en opposition aux cardinaux noirs qui avaient refusé d’assister au couronnement de l’empereur et qui par représailles, ne pouvait plus supporter la pourpre cardinalice) était autorisé à rencontrer le pape, le Dr Porta donner ses soins. Les personnalités fidèles au gouvernement étaient néanmoins accueillies avec bienveillance mais le pape se tenait sur ses réserves et gardait une certaine résistance passive non seulement par fatigue mais aussi par calcul. Il voulait montrer qu’il était un prisonnier. Durant de nombreuses semaines, le pape épuisé par la maladie et par le voyage se tenait péniblement sur pied et restait le plus souvent au lit. Il se rétablissait lentement mais ne sortait jamais de sa chambre, refusant de descendre dans la cour et de faire une promenade même en carrosse. Très atteint physiquement et moralement il restait des heures silencieux et parfois paraissait prostré, presque écrasé. Les ordres donnés par Napoléon étaient d’entourer le pontife de tous les égards, de toutes les commodités et de tout le luxe possible. Le grand appartement dans lequel il résida durant son séjour à Fontainebleau est un des plus vastes et le plus somptueux du palais au premier étage de l’aile de la cour de La Fontaine qui jouxte le pavillon de la reine mère.

Château de Fontainebleau, aile de la fontaine

La vue embrasse la cour de La Fontaine et le grand bassin des carpes et le jardin anglais ; l’appartement pontifical comprenait dix pièces principales dont trois grands salons. Le capitaine Lagorse avait laissé ses habits de gendarmes pour revêtir ceux de chambellan. Le pape ne semblait pas apprécier tout ce faste, il ne sortait jamais, se promenait dans la galerie François Ier, il vivait très retiré et conservait une réserve qui surprenait et irritait tous les fonctionnaires du palais. Il avait fait installer un oratoire dans un salon où il faisait d’humbles travaux : coudre un bouton, laver un drap, rapiécer une soutane. Ce qui lui rappelait peut-être l’époque de sa jeunesse bénédictine ? Les cardinaux étaient logés dans les appartements du deuxième et troisième étage du grand pavillon (anciennement appelé appartement des filles de Louis XV) dans les appartements voisins de celui du pape, étaient logés Doria, Ruffo ,Dugnani, Bertazzoli.

Après la signature du concordat, les cardinaux noirs qui avaient été exilés : Mattéi, Consalvi, di Pietro, Gabrielli et Paca avaient obtenu la faveur d’habiter dans le palais. Les autres cardinaux étaient logés en ville. Le pape déjeunait seul sous la surveillance plus ou moins discrète de l’officier de la garde du palais et de Lagorse. Les cardinaux prenaient leur repas en commun dans une salle située au début de l’appartement et facilement accessible. Pie VII était tenu au courant au moins au début de la campagne de Russie des succès de la Grande armée (la bataille de la Moscowa) mais, dès que commencèrent les revers, comme le passage de la Bérézina, les communiqués devinrent plus rares : ils étaient ajustés, coupés et arrivaient à la connaissance du pape seuls les faits impossibles à cacher mais présentés de la façon la moins embarrassante pour l’empereur. Malgré les consignes sévères de silence, les rumeurs dépassaient les filtres et se propager dans château. L’entourage du pape favorable à Napoléon et les membres du gouvernement incitaient le pape a accepter tout ce que l’empereur demandait. L’état de l’église lui était présenté sous un aspect défavorable : on citait les nombreuses paroisses sans curés, ce qui lui faisait craindre un schisme de l’église ; on lui peignait l’humiliation des cardinaux noirs en exil, toutes choses qui par leur nature le troublaient profondément.

Sa sensibilité le faisait souffrir à cause de la séparation de ses nombreux cardinaux et lui faisait sentir la souffrance que ces derniers pouvaient avoir en exil. L’insistance de Mgr Bertazzoli, les demandes pressantes des trois cardinaux : Doria, Ruffo, Dugnani, d’accéder à la demande de Napoléon, la fatigue, et peut-être le sentiment d’une mort proche, plongeait le Pape dans un grand trouble et un profond découragement. On ne pouvait pas imaginer un traitement physique et surtout moral plus apte pour venir à bout de sa résistance.

 Napoléon, à la suite de la défaite de Russie, avait quitté la Grande armée le 5 décembre 1812, était arrivé à Paris dans la nuit du 18 et le 29 décembre et il écrivait à son auguste prisonnier :

« Le nouveau séjour de Votre Sainteté nous mettra à même de nous voir, et j’ai fort à cœur de lui dire que, malgré tous les événements qui ont eu lieu, j’ai toujours conservé la même amitié pour sa personne. Peut-être parviendrons-nous au but tant désiré de finir tous les différends qui divisent l’État et l’Eglise. De mon côté, j’y suis fort disposé, et cela dépendra entièrement de Votre Sainteté. Toutefois je la prie de croire que les sentiments de parfaite estime  et de la haute considération que je lui porte sont indépendants de tout événement et de toute circonstance. Je prie Dieu, très Saint-Père, qu’il vous conserve longues années, pour que vous ayez la gloire de rasseoir le gouvernement de l’Eglise, et que vous puissiez longtemps jouir et profiter de votre ouvrage. »

Cette lettre avait vivement touché le Pape qui espérait renouer les rapports entre l’Empereur et l’Eglise. Il chargea le cardinal Doria de se rendre à la Cour. Le cardinal avait été nonce en France et n’avait  pas perdu les faveurs de Napoléon. À son retour à Fontainebleau, les conseils des prélats qui entouraient Pie VII, et même le docteur Porta, se faisaient toujours plus pressants. Ces colloques fatiguaient, épuisaient et troublaient fortement le Pape qui luttait contre ces hésitations et était prêt à succomber.

Le 19 janvier 1813 sous prétexte d’une chasse à cheval à Grosbois, Napoléon changea brusquement de direction et arriva à Fontainebleau à la fin de la journée. Il se rendit directement dans les appartements pontificaux. Le Pape conversait avec certains cardinaux et dans le salon cette apparition inattendue causa quelques surprises. Huit années s’étaient écoulées depuis leur dernier entretien. Napoléon s’avança vers le Pape, le serra dans ses bras et en l’embrassant l’appela : « padre mio ». Le Pape qui semblait très ému rendit son baiser à l’Empereur en l’appelant : « figlio mio ». La conversation se déroula sur des sujets généraux, évitant tout sujet de discussions et les deux souverains semblaient très heureux de se revoir. Les serviteurs du Pape d’habitude sombres se montraient heureux de ce spectacle espérant une réconciliation. Les cardinaux s’éloignèrent laissant les deux hommes dans une conversation  intime. Le lendemain le Pape alla rendre visite à l’Empereur et rencontra l’Impératrice Marie Louise qu’il ne connaissait pas. Elle s’inclina, lui demanda sa bénédiction, Pie VII lui accorda et il lui adressa des paroles dignes et bienveillantes.

Durant cinq jours Napoléon eu de longues conversations privées avec le Pape. Comme on peut imaginer et comme Pie VII le consigna par la suite, l’Empereur, après s’être montré respectueux affable et conciliant, passa à une argumentation plus vive et animée. Il lui exposa d’abord ses intentions de reprendre la guerre avec la certitude de le gagner… il était si convaincant que le Pape ressentait une certaine confiance puis déployant tout ce qu’il possédait en subtilité et persuasion se mit à convaincre le Pape que la séparation des pouvoirs spirituels et du pouvoir temporel c’est-à-dire la diminution ou la perte de ce dernier était une évolution inexorable dans le temps et que ce changement ne concernait nullement la religion, son dogme, son influence, son pouvoir et sa perpétuité. N’était-il pas naturel et acceptable que l’Eglise siégeât à Paris ou à Avignon au centre de la chrétienté avec une importante dotation de deux millions de revenus qui lui seraient assignés pour l’indemniser de ses biens. Il serait vénéré, aurait la facilité de voir l’Empereur, aurait son aide et sa protection. Il n’aurait rien à regretter ni indépendance, ni pouvoir, ni richesse. Pie VII répondait que Saint-Pierre avait fixé son siège à Rome et rappelait que le séjour des papes à Avignon avait causé schisme et division néfaste. Pie VII réclamait ses Etats, sa liberté et celle de ses cardinaux emprisonnés. L’Empereur reprenait son argumentation :

« Ne fallait il pas remercier le ciel d’avoir choisi comme instrument de ces révolutions un homme né dans la  religion catholique qui connaissait quelle valeur elle avait pour les hommes  comment hésiter…. C’était un sacrifice matériel à faire dans l’intérêt de cette religion. Consentir était un acte de désintérêt honorable et non de faiblesses. Supprimez entre nous ces vaines difficultés de souveraineté temporelle, supprimez les et vous verrez ce que vous et moi, libres de nos ennuis, ensemble nous ferons pour la religion »

Le Pape était séduit, mais quand il fallait se décider, il était assailli de doutes et d’inquiétude. Après cinq jours de ces rencontres répétées et obsédantes Napoléon exigea qu’il fallait conclure et promis au Pontif de trouver une formule qui n’aurait pas aggravé sa conscience. On ne parlerait ni d’abandonner Rome ni de s’établir à Avignon. L’Empereur fit appeler un de ses secrétaires pour se mettre séance tenante au travail de rédaction. Le Pape était physiquement et moralement épuisé, en outre il ne trouvait pas le soutien suffisant de la part des prélats et de son entourage qui l’encourageaient plutôt à céder aux ambitions de l’Empereur.

On a beaucoup écrit sur ces colloques auxquels ne fut admis aucun témoin. L’archevêque de Malines, Mgr de Pradt écrit : « … si la discussion fut souvent animée, la forme plus noble et les plus amicales furent continuellement observées » On sait que Napoléon se montrait tour à tour successivement enjôleur et menaçant ce qui valut du souverain pontife qui avait cerné son jeu, cette réplique passée à la postérité : « Commediante ! Tragediante ! »

Le cardinal Paca dans ses mémoires relate que le Pape lui a déclaré que Napoléon « lui avait parlé avec supériorité et dédain jusqu’à le traiter d’ignorant en matière ecclésiastique ». Le même cardinal ajoute, pour ce qui concerne les sévices, je puis vous assurer que Pie VII interrogé très souvent sur ce détail répondait toujours que cela était faux. Toujours sur la brutalité, Pie VII aurait fait cette réponse au comte Van de Wrecken le 27 septembre 1814.

« Cela est faux, et je vous invite à dire en mon nom à tous ceux qui vous en parleront que jamais il ne s’est porté à mon égard à un tel excès. Mais, un jour, dans la chaleur de la dispute, au sujet de la renonciation aux Etats romains, selon l’habitude qu’il avait, il me prit par un bouton de ma soutane et  me secoua si fort en le tirant que tout mon corps remuait. C’est probablement de cela qu’on veut parler »

Je serais assez bref sur le contenu du traité pour en montrer simplement l’esprit.

Le traité comportait 11 articles. L’introduction du rapport rassurait le Pape parce que dans le prologue il était écrit :

« Sa Majesté l’Empereur et Roi et Sa Sainteté, voulant mettre un terme aux incompréhensions qui ont surgi entre eux et pour remédier aux difficultés intervenues sur de nombreuses questions de l’Eglise se sont mis d’accord sur les articles suivants, comme devant servir de base à un arrangement définitif ». Il s’agissait donc d’une ébauche de projet.

Article premier : «  Sa Sainteté exercera son pontificat en France et sur le royaume d’Italie de la même manière et avec les mêmes formes que ses prédécesseurs » rassurait encore le Pape.                                  

Un article ramène le nombre des évêchés de 134 à 83, soit un par département.

Un autre dit : « La gestion matérielle de la paroisse sera assurée par un conseil de fabrique qui compte de droit le curé et le maire de la commune. Les curés bénéficieront de l’inamovibilité tandis que leurs servants seront révocables à tout moment ».

L’article 4 mettait le Pape dans l’obligation de conférer l’institution canonique dans les six mois à l’évêque proposé par le ministre des cultes. Ce délai passé, si l’évêque n’était pas institué, le métropolitain, où l’évêque le plus ancien de la province, devait procéder à l’institution canonique.

Les articles  5 et  8 prévoyaient des concertations ultérieures sur les nominations des 10 évêchés vacants et sur les réductions à faire. Ce qui donnait donc à l’accord la forme d’un ajustement provisoire. Le Pape insista sur cette dernière clause qui était pour lui une sorte d’excuses : Il avait fait ajouter :  «  Le Pape se prête aux dispositions ci-dessus par considération de l’état actuel de l’Eglise et dans la confiance que lui a inspirée Sa Majesté, qu’elle accordera  sa puissante protection aux besoins si nombreux qu’a  la religion dans les temps que nous vivons ».

Il fut donc convenu que le traité ne serait publié qu’après avoir été communiqué aux cardinaux, conseillers naturels et nécessaires de l’Eglise.

Le soir du 25 janvier le Pape se trouvait dans le grand salon de son appartement en présence d’une sorte de Cour Pontificale et d’une sorte de Cour Impériale. On présenta le traité à la signature du Pape. Pie VII montrait des signes d’angoisse, jetait un regard sur les prélats et semblait implorer leur appui. Par leur attitude de soumission et en outre par  signe de tête, certains d’entre eux signifiaient qu’il fallait se résigner, qu’il fallait accepter. Le Souverain Pontife  pensait qu’on lui présentait des accords préliminaires, qui devaient rester secrets. Croyant conjurer des maux plus grands, d’une main tremblante, recevant  la plume des mains du cardinal Doria, apposa sa signature. Napoléon signa à son tour.

Tout était consommé. La discussion se terminait par la victoire de l’Empereur et consacrait le renoncement au pouvoir temporel du Saint-Siège. Aussitôt, Napoléon prodigua des témoignages de vénération à Pie VII à qui chacun présenta ses vifs hommages et le félicitait  chaleureusement. Sa Majesté l’Impératrice arriva et complimenta le Pape pour cet heureux événement. Pour prouver sa satisfaction du retour à la paix, l’Empereur  envoya immédiatement à Bigot de Preameneu l’ordre, qu’il avait dicté le matin même, sans avoir attendu que les signatures fussent apposées :

« Faire sortir de Fenestrelle le cardinal Paca et les autres ecclésiastiques détenus… Les cardinaux noirs cessent d’être sous la surveillance de la police et sont libres d’aller où il leur plaira, mais ils devront venir remercier le Pape d’avoir intercédé auprès de l’Empereur pour qu’ils rentrent en grâce… Le ministre de la justice fera mettre en liberté, dans la nuit, les cardinaux qui sont à Vincennes… Le ministre du culte annoncera l’événement aux évêques et les autorisera à chanter un Te Deum ».

Napoléon avait eu cependant une courte hésitation au sujet de Paca et di Pietro. Vingt trois évêques ou cardinaux parmi lesquels le Patriarche de Venise, le cardinal Fesch, étaient appelés auprès du Pape. Des paroles ayant été rapportées à l’Empereur sur les remords qui avaient assailli le Pape après la signature du traité, l’Empereur dicta le soir même à Mgr Duvoisin une lettre à remettre à Pie VII, dans le but de le tranquilliser :…

« N’ayant jamais cru devoir demander la renonciation, je ne puis donc entendre que Votre Sainteté ait renoncé, directement ou indirectement, par les dits articles, à la souveraineté des Etats Romains, et je n’ai entendu traiter avec vous qu’en qualité de chef de l’Eglise dans les choses temporelles ».

Napoléon demeura encore trois jours à Fontainebleau. Il conféra la Croix d’Officier de la Légion d’honneur aux cardinaux Doria et Ruffo.  Mgr Bertalozzi fut nommé Chevalier dans l’Ordre de la Couronne de Fer et de riches présents furent distribués à leurs collègues italiens qui avaient été coopérants. Duvoisin et Maury furent nommés conseillers d’État. Le médecin du Pape, Porta, reçut une pension de 6 000 F.

Le traité devait rester secret, mais pour Napoléon il était nécessaire que la France et toute les catholiques se réjouissent du nouveau Concordat. Il fit avertir immédiatement les journaux, le Gouverneur de Rome, le grand chancelier du Royaume  d’Italie, de l’entente qui venait d’être conclue avec le Pape, leur demandant d’en faire connaître la substance par tous les moyens. Un Te Deum de Grace avait été demandé à tous les évêques de l’empire. Par une lettre adressée au prince Borghèse il l’autorise à laisser croire que le Pape allait s’installer à Avignon.

L’impératrice Marie-Louise, sur la demande de son mari, envoya immédiatement un message à son père l’Empereur d’Autriche :

«L’Empereur a arrangé aujourd’hui les affaires de la chrétienté avec le Pape, le Pape paraît très content, il est très gai et très entrain depuis ce matin de bonne heure et a signé le traité il y a un quart d’heure ; j’arrive juste de chez lui et je l’ai trouvé très bien portant, il a une très jolie figure, très intéressante, je me persuade que vous apprendrez avec autant de plaisir que moi cette réconciliation » De son côté Napoléon adressait un courrier à l’Empereur d’Autriche : «  Monsieur mon frère et Cher Beau-père, ayant eu l’occasion de voir le Pape à Fontainebleau et ayant conféré plusieurs jours avec Sa Sainteté, nous nous sommes arrangés sur les affaires de l’Eglise. Le Pape paraît vouloir s’établir à Avignon. J’envoie à Votre Majesté le Concordat que je viens de signer avec lui. Je désirerais que cette pièce ne fut pas encore publiée».

L’autorisation de visites au château ayant été rendue publique, celui-ci connut rapidement une grande animation. Les fidèles venaient même de loin pour assister à la messe du dimanche qui était célébrée dans la grande chapelle du château. Les prélats de la région, fidèles au gouvernement, venaient présenter leurs hommages au Pape qui les accueillait avec bienveillance. On accomplissait les cérémonies souvent en grandes pompes qui rappelaient de loin celle du Vatican. L’Empereur avait invité une partie de sa Maison civile et militaire, ainsi qu’un  détachement des grenadiers à pied et des chasseurs à cheval de la Garde Impériale. Si la nouvelle de la signature du Concordat provoqua une grande joie parmi la population celle du Pape fut de courte durée. Presque aussitôt après la signature du Concordat Pie VII tombait dans un profond découragement. Il pensait jour et nuit aux affronts subis par l’Eglise et il s’accusait de sa propre faiblesse. Peu à peu les cardinaux noirs exilés apparaissaient à Fontainebleau : Di Pietro, Litta, Gabrielli  furent les premiers à être reçus par le Pape. Ayant écouté les avis de ces trois cardinaux qui lui exprimaient leur regret pour ce nouveau Concordat, le Pape déjà très fatigué et triste, tombe dans un état de remords et de prostration  au point de ne plus célébrer la messe, se croyant indigne de monter à autel pour offrir le Saint Sacrifice.

Libéré de Fenestrelle, après une captivité de trois ans et demi, le cardinal Paca arriva au château le 19 février. Grande fut sa surprise, entrant dans les appartements pontificaux, il découvre un vieillard courbé, amaigri, aux traits tendus, les yeux enfoncés et pleins de tristesse. Pacca très ému se jette à ses pieds en lui exprimant son affection et son respect, mais le Pape l’interrompit et dit ceci traduit de l’italien: « nous avons fini hélas par nous rouler dans la fange, ces cardinaux m’ont traîné à cette table, et me firent signer ». Pie VII le fit asseoir près de lui mais la conversation à peine commencée fut interrompue par l’arrivée des cardinaux français. Le lendemain, le pape reçu Pacca, et lui confia  ses remords, son désespoir et sa peur de devenir fou comme Clément XIV. Le cardinal le supplia de reprendre courage, lui affirma «à presque tous les maux il y a un remède» puis arrivé de Reims, Consalvi s’efforça  lui aussi d’apporter réconfort et consolation à son Seigneur. Consalvi et Pacca avaient le devoir de se rendre à Paris pour saluer le couple impérial. Ceci ne plaisait pas à Pacca, mais il ne pouvait faire autrement. Arrivé dans la grande salle des Tuileries, il se présenta à l’Empereur qui l’interpelle « c’est vous Pacca qui avez  écrit la bulle d’excommunication ? Mais à présent, tout ceci est oublié ».  Parmi les cardinaux autorisés à habiter au palais il y avait Pacca, Consalvi, Doria, Bertazzolli.  Certains cardinaux étaient logés en ville dont Ruffo. Chaque cardinal avait avec lui un ecclésiastique et deux  domestiques. Après avoir passé quelques jours à Paris, le bouillant cardinal Pacca retourna à Fontainebleau où il retrouva de nombreux cardinaux venus de toute la France. Le Pape leur avait demandé de donner par écrit leur opinion sur la convention. Trois groupes se formèrent :

Le premier, favorable à l’accord, conseillait la ratification avec quelques amendements.

Le second demandait de reprendre les négociations depuis le début.

Le troisième, les plus nombreux, avec Consalvi et Pacca voulait tout simplement rejeter le traité.

Certains objectèrent que la rétractation officielle du Pape risquait de mettre en discussion l’infaillibilité pontificale. On répondit que l’infaillibilité pontificale n’était pas en question parce que la convention signée ne touchait en aucune manière le dogme. Contrairement à ce qui avait été convenu le projet qui devait rester secret avait été présenté au Sénat sous le titre de Concordat déclaré loi d’État et publié sur le Moniteur. Pie VII fut conforté dans sa résolution d’une lettre de rétractation écrite de sa main à l’Empereur.

Ce travail de rédaction fut difficile. Le Pape fatigué ne pouvait travailler longtemps. Craignant des perquisitions dans son appartement pendant la messe, il ne laissait traîner aucune feuille. Le soir, Pacca les emmenait avec lui et elles étaient rapportées le lendemain par Consalvi. Par sécurité, chaque cardinal recevait une copie. Cette lettre autographe du 24 mars 1813 fut confiée à Lagorse pour être remise  à l’Empereur. Du coup le Pape apparut le lendemain tranquillisé et retrouva le sommeil. Par contre, la lettre du Pape fut très mal reçue aux Tuileries et mit l’Empereur en fureur. Elle anéantissait son espoir  de réconciliation spectaculaire avec le Saint-Siège qui était dans ses désirs et compromettait l’alliance avec l’Empereur d’Autriche. Selon Chaptal, «  il accusait en termes vils et injurieux tous les cardinaux qui formaient son conseil ». Voulant faire croire de ne pas avoir reçu cette lettre il écrivait immédiatement à Bigot de Preameneu  « le Ministre des Cultes gardera le plus grand secret sur la lettre du Pape, que je veux, selon les circonstances, pouvoir dire avoir ou n’avoir pas reçu… le Concordat est loi d’État… il le regarde comme un traité plus sacré que tous les autres »

Napoléon percevait un changement dans l’esprit du haut clergé. En effet Barral et Duvoisin se posaient des questions sur l’intérêt du Concordat. Fesch était plus critique sur le fondement du Concordat. Malgré cela, envoyé par l’Empereur pour rendre visite au Pape, l’oncle de l’Empereur ne fut pas reçu. Maury restait très fidèle à Napoléon et ne cachait pas sa réprobation sur la lettre de rétractation du Pape. Lagorse qui était chargé de surveiller le château, n’hésitait pas à insinuer qu’à Fontainebleau on était en train de comploter…. Ainsi il reçut de nouveaux ordres de Napoléon : le public ne sera plus admis à la messe du Pape, la cérémonie du baiser de pieds sera supprimée, les sœurs grises renvoyées à la maison. Napoléon ajoutait «  puisqu’on ne veut rien faire pour la religion il ne faut pas que du moins on fasse contre l’État »     

Le 5 avril Lagorse se présenta à six heures du matin chez Consalvi pour lui dire à haute voix les ordres et la consigne  à signer de ne plus s’occuper des affaires de l’église. Consalvi sans dire un mot apposa sa signature, en rajoutant «  j’ai lu la déclaration ci-jointe ».

Lagorse continua sa mission auprès des autres cardinaux que tous signèrent en silence. Dans le même temps,  le cardinal Di Pietro fut réveillé en pleine nuit et envoyé en prison à Auxonne sous le prétexte mensonger de s’être montré hostile aux négociations et d’être un mauvais conseiller pour Pie VII. Le Pape, averti du nouveau coup infligé à un de ses conseillers, baissa la tête et se cantonna encore plus rigoureusement dans son appartement, occupant son temps entre la prière et la méditation. Les cardinaux s’isolaient eux-mêmes dans un silence prudent. Ils s’armaient de patience espérant que le temps, les alliés et la providence travailleraient pour l’Eglise.

Le 15 avril 1813, Napoléon quittait les Tuileries pour se rendre en Allemagne pour combattre les coalisés, confiant en à sa bonne étoile, persuadé de revenir victorieux et d’imposer sa propre loi à ses ennemis et au Pape.

Après le départ de l’Empereur, la vie au château apparut moins opprimante. Pie VII déjeunait seul. Les cardinaux prenaient leur repas ensemble puis ils se réunissaient le soir chez l’un ou chez l’autre. À porte fermée ils  s’entretenaient sur les nouvelles qui filtraient malgré les consignes. Durant la journée, les cardinaux s’organisaient pour partager leur temps de façon à tenir compagnie au pape qui refusait de sortir de ses appartements. Ils évitaient de traiter de sujets  qui pouvaient émouvoir sa sainteté. Pie VII aimait parler avec eux de sujets familiers qui lui rappelaient sa jeunesse. Le général Savary, ministre de la police générale se trompait quand il affirmait que le Pape ne lisait pas et qu’il se complaisait dans l’oisiveté. C’était un homme de prière et de méditation. Il s’était procuré par le Supérieur de Saint Sulpice des livres de Droit Canonique, les œuvres de Fénelon et les écrits théologiques de la bibliothèque de Ferrari. Pacca répondit aux affirmations du général Savary «  Ignorez-vous qu’une personne pieuse n’est jamais oisive devant la présence d’un crucifix ou d’une image de la Sainte Vierge et que ces deux objets sacrés sont pour elle comme une vaste et précieuse bibliothèque où elle peut puiser à toutes les heures du jour et de la nuit »          

Le Pape eut rapidement connaissance de la victoire de Napoléon à Lützen (2 mai 1813) parce que l’Impératrice Marie-Louise lui écrivit immédiatement pour l’informer d’un événement qui aurait dû le réjouir. Le Pape, après une longue réflexion et hésitation lui adressa une lettre courtoise mais rédigée de façon à ne pas risquer sa publication sur les gazettes et la colère des coalisés.

Après ses premiers succès, nous savons ce qui suivit : commencèrent les défaites et l’Empereur d’Autriche sur qui Napoléon comptait concluait une alliance avec la Prusse et la Russie contre son gendre ! Malgré le mur de silence dressé à Fontainebleau les événements étaient connus du Pape et des cardinaux qui suivaient avec attention les tractations qui étaient en cours à Prague. Pie VII comprenant que l’avenir de l’Europe était en train de se profiler au congrès de Prague écrivit à l’empereur d’Autriche pour demander la restitution de ses Etats. La lettre fut confiée à un homme dévoué au Saint-Siège,  le comte Van den Wrecken, mais ce souverain concluait quelques mois plus tard un traité avec Murat dans lequel était prévu pour le roi de Naples, un agrandissement de son territoire aux détriments des Etats pontificaux ! Napoléon devait repasser le Rhin avec ses troupes. L’étau se resserrait.

Le 9 novembre 1813, l’Empereur rejoignait Saint-Cloud. Les énormes préoccupations de ces moments dramatiques  ne l’empêchaient pas de faire l’hypothèse d’un renversement de situation et d’un ajustement avec le Pape, sans abandonner ses prétentions sur Rome. Il ne tenait pas compte du message qui lui avait été envoyé par l’évêque de Nantes, Mgr du voisin, lequel regrettait ses erreurs et rajoutait : « je supplie l’Empereur de rendre la liberté au Pape… cette captivité afflige toute la chrétienté et combien il y a d’inconvénients à la prolonger… il serait nécessaire au bonheur de Sa Majesté que Sa Sainteté retournât à Rome »

Les cardinaux, patients, attendaient l’issue de cette guerre et étaient décidés à ne pas reprendre la discussion avant la paix.

Talleyrand eut l’idée d’envoyer à Fontainebleau la marquise de Brignoles pour reprendre les tractations. Ce choix s’expliquait par les rapports cordiaux qu’elle et sa famille entretenaient avec Consalvi et par leur attitude très respectueuse envers le Pape durant sa captivité à Savone. Néanmoins, d’après Paca : le Pape lui répondit que c’était ni le lieu ni le temps de traiter des affaires de l’Eglise.

Napoléon cherchait toujours un négociateur : Mgr de Bayanne proposa le cardinal Fesch qui était revenu dans la grâce du Pape, mais l’Empereur refusa son oncle. Le ministre des cultes Bigot de Preameneu, consulté, proposa Mgr Fallot de Beaumont, qui avait été nommé à Bourges sans avoir reçu l’institution canonique de Pie VII. Il se présenta à Fontainebleau le 19 novembre : le Pape le reçu avec bienveillance, mais lui signifia immédiatement qu’il ne fallait pas lui parler d’affaires politiques. Après quelques mots aimables, il lui donna l’anneau à baiser et le fit  raccompagner. Une autre démarche fut tentée auprès du Pape par le même cardinal, qui le 31 décembre retourna au château et  déjeuna avec Paca et Consalvi, mais Pie VII réitéra son refus de reprendre la discussion dans des circonstances similaires. La situation militaire pour Napoléon empirait et il craignait de voir Rome tomber dans les mains de son beau-frère Murat : il préférait plutôt restituer les Etats pontificaux s’il ne pouvait les conserver. Le ministre Borghèse son beau frère,  envoyât à Fontainebleau Mgr de Beaumont, rédacteur d’une lettre dans laquelle il expliquait que l’Empereur désirait restituer les Etats romains à Sa Sainteté. On arrive à la situation paradoxalement ironique dans laquelle c’était Napoléon qui priait le Pape d’accepter la restitution de ses Etats !

Pie VII resta ferme : « Dieu sait des larmes que j’ai versées sur le Concordat et que j’ai eu la disgrâce de signer ;  j’en porterai la douleur jusqu’à la tombe et c’est la garantie que je ne serai pas trompé une autre fois »   

Mgr de Beaumont se tut, baisa la main du Pape et abandonna le château. N’acceptant pas de voir le Pape libéré par les coalisés, Napoléon, trois jours avant de retourner dans son armée, se résolut à donner ses ordres à Savary : « Faites partir cette nuit, avant trois heures du matin le Pape pour se rendre à Savone. Il aura dans sa voiture  Mgr Bertazzoli,  l’adjudant du palais le mènera à Savone. Une autre voiture transportera les domestiques en ayant soin de tenir une distance suffisante pour que le voyage soit déguisé. Les voitures passeront le Rhône à Pont-Saint-Esprit et se dirigeront vers Savonne par Nice sous prétexte d’éviter la montagne. L’adjudant du palais dira qu’il le mène à Rome où il a ordre de le faire arriver comme une bombe. Arrivé  à Savone le pape y sera traité comme précédemment. Concertez vous avec le Ministre des Cultes, aujourd’hui, pour me faire connaître l’état des cardinaux, et où il est nécessaire de placer chacun d’eux

Lagorse, dès réception des ordres, se précipita chez le cardinal Mattéi, qui se trouvait en compagnie de nombreux confrères, et leur annonça : « j’ai une grande nouvelle à vous communiquer. J’ai reçu l’ordre de faire partir le Pape demain et de le reconduire à Rome. Pour vous il n’y a rien de nouveau. Si vous aviez montré plus de prudence et modération, toutes ces affaires seraient terminées avec satisfaction générale ». Puis il se rendit chez le Pape et le pria de se préparer à partir le lendemain matin pour Rome. Le Pape reçut la nouvelle avec le calme et demanda à être accompagné de deux ou trois cardinaux. Lagorse répliquât que seul Bertazzoli était autorisé à prendre place dans la voiture. Le lendemain, le 23 janvier 1814, après avoir dit la messe, le Pape réunit ses prélats et leur dit : «  Sur le point d’être séparé de vous sans connaître le lieu de notre destination, nous avons voulu vous rassembler pour vous manifester nos intentions. Nous vous recommandons quel que soit l’endroit où vous êtes transférés, d’agir de façon à ce que chacune de vos actions exprime la juste douleur causée par les maux de l’Eglise et par la captivité de son chef. Nous vous recommandons expressément de fermer l’oreille à n’importe quelle proposition relative à un traité sur les affaires spirituelles ou temporelles, parce que telle est notre absolue et ferme volonté ».

La cour des adieux - Château de Fontainebleau


Le Pape confia une lettre à Mattei. Il demandait aux cardinaux de refuser n’importe quelle proposition de poste, de dignité, de pension du Gouvernement Impérial, de n’assister à aucune cérémonie en honneur du Roi de Rome, d’éviter apparaître en public ; puis embrassa chacun des prélats et descendit le grand escalier au bras de Bertazzoli. Lagorse se trouvait aux bas des marches et l’aida à monter dans la voiture. Une grande émotion étreignait le cœur de tous ceux qui étaient présents à ses adieux. Le Pape, la main hors de la portière, donna une dernière bénédiction, puis la berline partit en direction d’Orléans. C’était le 23 janvier 1814.

Ironie du sort… trois mois plus tard Napoléon, vaincu, faisait ses adieux à ses soldats au même endroit. !