Charles Profizi, au fil du temps...

APPENDICE

 

A l'issue de la signature du Concordat, la séparation des plénipotentiaires s'était faite dans la bonne humeur. On se félicita de part et d'autre de l'heureuse conclusion et de la bonne harmonie entre le nouveau gouvernement et le Saint- Siège.

Avant de quitter Paris le Cardinal Consalvi obtint une audience du Premier Consul afin de lui présenter ses hommages….Il partait satisfait, malgré les incidents qui avaient troublé la fin des travaux

Le Cardinal Consalvi dont l’influence, d’abord au conclave à Venise, puis au concordat avait été très grande, continua son éminente fonction de Secrétaire d'Etat au Saint-Siège, avec une grande diplomatie et une intelligence aigue jusqu’à la mort de Pie VII. Son buste se trouve  au Panthéon à Rome.

Monsieur Cacault  revint à Rome reprendre son poste de ministre. Dans ses mémoires, il note : " le Pape m'a donné le 22 floréal  (12 mai)  son portrait enrichi de diamants, sur une boîte semblable à celles qui furent données à Paris aux ministres français signataires du Concordat "

Le Cardinal Caprara fut nommé Legat a Latere avec les pleins pouvoirs pour y exécuter la convention qui venait d’être arrétée au prix de tant d’efforts et réaliser le rétablissement du culte en France. Il dispensera 3224 absolutions au vue

des dossiers présentés, mais aucune en faveur d’un prêtre marié.

La correspondance du cardinal Caprara n'est pas sortie de France.

Selon la coutume de l'ancien  Parlement de Paris, le cardinal Caprara, lors de sa présentation au premier consul a dû prêter serment,  de laisser en quittant la France, le registre exactement tenu de toutes les dépêches écrites pendant la durée de sa mission. En vertu de cet engagement, lorsque le cardinal mourut en 1810, l'empereur  fait inventorier et saisir tous ses papiers. Le Vatican,  les  a plusieurs fois, principalement sous la Restauration, vainement réclamés

C’est le cardinal Caprara, qui, sept jours avant le vote du  senatus-consulte pour l’établissement de l’Empire fut chargé par Bonaparte de  présenter à la Cour de Rome, son intention plus que son  désir, de se faire sacrer puis couronner Empereur par le Pape. Le sacre eut lieu le 2 décembre 1804 à Notre Dame de Paris où s’était rendu Pie VII, mais le Pape se retira dans la sacristie avant la prestation du serment, afin de ne pas écouter la promesse de respecter les Lois Organiques.

Napoléon 1er ne fut pas ingrat à l’égard du cardinal Caprara puisque sa dépouille et son tombeau sont au Panthéon à Paris.

Pour les récompenser de leur médiation,  Bonaparte avait offert à Consalvi une boîte ornée de diamants de 1.500 qu'accompagnait une lettre de Talleyrand ; une boîte de 8000 francs à monseigneur Spina, plus 1.200 francs pour la secrétairerie.

Les nombreux documents, écrits,  dépêches, mémoires de tous les interlocuteurs, en particulier les mémoires de Consalvi et de Pacca nous décrivent minutieusement les difficultés éprouvées tout au long de ces treize mois  de pourparlers, parfois orageux, et les neuf projets successivement écartés.

Les difficultés n'étaient pas terminées pour autant ; mêmes après la ratification du Concordat, les fausses nouvelles, les rumeurs, les oppositions se multiplient  à Rome et à Paris. Un faux journal (le Moniteur) circulait dans Paris, il était parvenu à Rome, et reproduisait une fausse déclaration de Bonaparte, assurant que le vicaire de  Jésus- Christ serait chassé de Rome   , 

En dépit des routines, des inerties, des oppositions politiques et religieuses, les articles du Concordat furent assez largement appliqués, de sorte que le visage de la France changea. La France  émergeait du chaos. Le succès du "Génie du Christianisme" par Chateaubriand, sorti opportunément, eut   rapidement une influence sur la restauration spirituelle de la France.

Dans le clergé, chez les fidèles se manifestait un certain mécontentement. Le malaise était plus grand dans les régions ou l'opposition royaliste était plus forte. Les anticoncordataires s'organisèrent et donnèrent naissance à différents groupes de dissidence. La Petite Eglise était dominante, elle arriva à se maintenir grâce à la persévérance de quelques familles, en particulier de la région lyonnaise (Trévoux) et de l'ouest de la France où on compte quelques communautés. Ces différentes communautés disparurent. Progressivement à mesure que ses prêtres mouraient ou se soumettaient

Malgré toutes ces vicissitudes, ces suites douloureuses, malgré les concessions et les Articles Organiques, le pape Pie VII tenait le Concordat comme un " grand bienfait " pour l'Eglise et il  l'exprimait ainsi son sentiment à différentes occasions.

 

" Sans le Premier Consul, l'église de France eut continué d'être livrée au schisme et soumise au péril les plus graves au détriment de la société tout entière et peut être au détriment de l'Europe "

 

Lettre du Cardinal Consalvi à Cacault Ministre du Consulat

Le soussigné, cardinal Secrétaire d’Etat, obéit aux commandements qu'il a reçus  de Sa Sainteté, en vous annonçant que dans un conclave secret tenu par Sa Sainteté, on a publié la Bulle du 15 août 1801, contenant les 17 articles du Concordat conclu entre Sa Sainteté et le Gouvernement Français. Le Saint Père a appris avec satisfaction que la Bulle a été enfin publiée en France, et qu'on y a proclamé le rétablissement de la religion catholique, Il a ordonné de rendre de solennelles actions de grâces au Tout Puissant, à cet effet Sa Sainteté chantera elle-même le Te Deum le jour auguste  de l'Ascension qui est prochaine. Cette fête est une des plus grandes de la Sainte Eglise, et on a coutume de la célébrer avec une pompe extraordinaire dans la basilique de Latran  qui est la première église de l'univers. À cette occasion, le pape donne du haut de la loggia  la  solennelle bénédiction pontificale à tout le peuple de Rome et à ses environs. Cette circonstance, comme la plus analogue : en un si grand événement, contribuera à rendre la cérémonie sacrée plus auguste et plus admirable

Sa Sainteté, selon l'usage, a fait part au Sacré Collège de ce qui a été fait à ce sujet dans la publication donnée en France. Vous savez,  que dans l'allocution prononcée par le Saint Père  et qui vous est  transmise, il a bien fait connaître au Sacré Collège et au monde entier, tout ce que l'on doit au Premier Consul, qui a conçu et qui a effectué la grande pensée de restituer à la France l'antique religion de ses pères, ce qu'on lui doit  pour les soins qu'il a prodigués  à cette œuvre si  immense.

Par ordre du Saint Père, le soussigné ne doit pas vous laisser ignorer que plusieurs concomitances qui ont suivi la publication faite en France du Concordat du15 juillet 1801 et de la Bulle qu'il contient, ont affecté la sensibilité de Sa Sainteté  et l'on mise dans un embarras difficile relativement même à la publication qu'on doit faire ici  du Concordat. Le soussigné n'entend pas parler de l'institution accordée à des évêques constitutionnels, Sa Sainteté les ayant pressés contre son   sein a la plus ferme confiance dans le Seigneur qu'il n'aura pas lieu d'être mécontent de la bénignité que les avantages de l'unité lui ont fait déployer à leur égard. Le soussigné entend parler, et toujours par en ordre de Sa  Sainteté des articles organiques, qui inconnus de Sa  Sainteté , ont été publiés avec les dix-sept articles du Concordat, comme s'ils en faisaient partie (ce que l'on croit d’après la date et le mode de publication Ces articles organiques sont représentés comme la forme et la condition du rétablissement de la religion catholique en France. Cependant plusieurs de ses articles sont  en opposition avec les règles de l’Eglise, Sa Sainteté ne peut pas, à cause de son ministère, ne pas désirer les changements nécessaires. Sa Sainteté a  la plus vive  confiance dans la religion et la sagesse du Premier Consul, et le prie directement d'accorder ces changements

Vous connaissez trop bien Citoyen Ministre, (vous êtes témoins tous les jours des sentiments les plus intimes du Saint Père) vous connaissez trop les sentiments d’ estime et d'amitié et d'attachement paternel qu’il voue au Gouvernement Français , pour avoir besoin que le cardinal soussigné vous les fasse remarquer, et vous excite  à en faire bien connaître la sincérité et la constance.

Le cardinal soussigné vous prie  Citoyen  Ministre, d’agréer les assurances de sa considération la plus distinguée.

 

Hercule, cardinal Consalvi.

 

Le 3 vendémiaire an X (25 septembre 1801) Monsieur Bernier chargé à Paris de l’exécution des principaux articles du concordat adressa au ministre des relations extérieures Cacault la lettre suivante. Cette lettre,(dont voici un extrait) rend compte de l’adaptation générale par les évêques aux articles du concordat relatifs aux démissions demandées à tous les anciens évêques de France.     

         

« À peine les anciens évêques résidant en France ont- ils connu  les dispositions du bref de sa sainteté le pape Pie VII, du 15 août dernier, qu'ils se sont empressés d'y obéir, rien n' est plus expressif et plus conforme à l'esprit de paix qui  doit caractériser  les ministres de la religion, que les dispositions qu'ils ont manifestées. L’évêque de Marseille pour donner l'exemple à ses collègues, a écrit le 21 septembre à monseigneur Spina : »

" Je reçois avec respect et soumission filiale, le bref que vous m'adressez de la part de notre Saint-Père le pape ; plein  de vénération et d’obéissance pour ses décrets, et  voulant toujours lui être unis de coeur et d’esprit, je n'hésite pas à remettre entre les mains de Sa Sainteté, ma démission de l'évêché de Marseille."

C'est un sentiment d'apaisement, après une période très tumultueuse et douloureuse qu'apporte le Concordat.

S'il faut encore compter sur les réticences de certains hommes politiques, ainsi que   d'une partie de l'armée et du clergé, le peuple las des dévastations et du sang versé accueille favorablement cet accord.

Le Concordat, en même temps, est un grand bienfait pour l'Eglise: c'est le désaveu de la constitution civile du clergé—la reprise des relations diplomatiques entre le gouvernement et le Saint-Siège – l’arrêt des persécutions—le préambule qui « reconnaît que la religion catholique, apostolique romaine, est la religion de la majorité des Français »  met un terme au schisme religieux --la liberté du culte est proclamée--  un compromis permet d'assurer les charges d'une grande partie de l'ancien clergé constitutionnel et de réintégrer un certain nombre de prêtres réfractaires.

Les mesures relativement sages et tolérantes du Concordat permirent son application pendant un siècle.

Par la loi de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, le Concordat a été abrogé en 1905 en France. Les départements du Bas-Rhin, du Haut-Rhin et de la Moselle ont su maintenir, au prix de longues batailles oratoires, le régime antérieur particulier avec quelques modifications.