Charles Profizi, au fil du temps...

Après la signature du Concordat de 1801

 

Le cardinal Consalvi revint à Rome pour soumettre le traité au Pape Pie VII qui le ratifia le 15 août  1801.Cette ratification ne se fit pas sans discussions.Pie VII pontife éclairé et réaliste dut jouer de son autorité pour convaincre  une assemblée cardinalice généralement plus favorable à l'Autriche qu'à la République Française.  Il fut signé à Paris le 8 septembre de la même année.

Pie VII était désireux de mener à bien l'œuvre si laborieusement élaborée. Il réunit les cardinaux en congrégation générale afin de récolter leurs avis sur la ratification. Il y eu des controverses parfois un peu vives. Le pape qui n'avait pas pris la parole afin de laisser une plus grande liberté d'expression parla en dernier, expliqua l'impossibilité d'obtenir des modifications sur les points, objets de si longs débats et les très graves conséquences de la non ratification du Concordat. La résignation des sièges des évêques n'était pas inacceptable; des adoucissements avaient été apportés au cours des négociations, et l'essentiel demeurait: le maintien du respect du dogme.  Onze voix critiquaient le traité, dix neuf ou vingt voix l'approuvaient.

 

Il restait maintenant au Pape, la tâche difficile et délicate d'envoyer une lettre aux anciens évêques pour leur demander leur démission aux termes de l'article 3 du Concordat.

La première réponse à tous ses mandements fut une lettre de quatorze évêques français réfugiés en Angleterre

Avec une grande émotion Consalvi ouvrit l'enveloppe adressée au Pape. Cette lettre accabla le Saint Père qui avec trouble murmura: «nous entrons dans une mer d’affliction » Consalvi répondit : « Je m’attendais à cette lettre, mais je ne croyais pas qu’elle dût arriver si tôt »

 

Très Saint-Père,

 

Nous ne dissimulons pas à votre Béatitude la grave douleur qui affecta nos âmes, aussitôt que nous reçûmes les lettres de Votre Sainteté, en date du 15 août 1801,l’an second de votre pontificat.

Cette douleur et si profonde, que bien qu'il n’y ait pour nous aucun devoir plus cher et plus élevé que d'écouter autant qu'il est en notre puissance, avec une déférence entière, les conseils de Votre Paternité, cependant cette même douleur nous laisse non seulement incertains et flottants mais encore nous contraint malgré nous à tempérer notre obéissance.

La force de  ces lettres est telle, que si elles n’obtiennent jamais ce qu'elles prescrivent, en un seul instant toutes les Eglises Episcopales en France deviendront neuves. Votre Sainteté ne nous apprend pas, et pour avouer librement la vérité, nous-même nous ne concevons pas comment la viduité subite de toutes les Eglises de ce vaste empire, produira l’effet salutaire de la conservation de l’unité, et du rétablissement en France de la religion catholique. Certainement l’expérience de toutes les calamités qui depuis beaucoup d’années déchirent la patrie , montre assez tout ce que nous devons craindre des maux et des malheurs qui résulteront pour la chose catholique, de cette viduité simultanée et universelle : la voie à suivre pour éviter ces mots ne peut être ouverte, par votre Sainteté que par une assemblée de tous les évêques de l’Eglise Gallicane

Nous ne voulons pas parler ainsi, pour faire entendre qu'il nous est pénible et désagréable de faire un pas en arrière à travers ces temps de douleur et de  deuil, au contraire, dans notre faiblesse nous éprouvons une consolation pour chacun de nous, et un bonheur ineffable pour tous, en nous voyant déchargés d'un si grand fardeau (si toutefois il était permis de penser à quelque consolation et à quelque  bonheur, après que nos esprits ont été brisés sous le poids de tant de   maux).

Mais le droit de notre ministère semble nous demander de ne pas souffrir que l'on range jamais facilement ce lieu qui nous a unis aux églises immédiatement confiées  à notre sollicitude, par la providence de Dieu très bon ét très haut.

Nous conjurons ardemment Votre Sainteté, de consentir à ce que dans un écrit qui sera transmis incessamment, il nous soit permis d'expliquer et de développer plus au long les arguments sur lesquels nous appuyons notre sentiment. Cependant, remplis de confiance dans l'affection véritablement paternelle de Votre Sainteté à notre égard, nous espérons qu'elle ne déterminera rien de plus dans cette affaire, jusqu'à ce qu'elle ait pesé avec toute équité et de toute la prudence dont elle est capable, les motifs que des fils allègueront devant un père si pieux. Prosternés aux genoux de votre  Béatitude. , nous implorons de toute la force de notre   âme, la bénédiction apostolique, nous sommes les très dévoués et les très obéissants fils de Votre Sainteté.

 

Londres, le 27 septembre 1801

(Suivent les noms et titres des 14 évêques réfugiés en Angleterre)

 

Ce ne fut que le 8 avril 1802 que le Concordat devint loi d'Etat appelé Loi de Germinal an X.

Avant de le présenter aux Assemblées Constitutionnelles hostiles à sa politique religieuse, Napoléon dut consolider son prestige et son autorité par le Traité de Paix d'Amiens puis par la création de la République Italienne (décembre 1801, à l’issue de la Consulta de Lyon) et surtout s'assurer une majorité nécessaire dans le corps législatif. Cette loi ne comportait pas seulement les 17 articles ratifiés; Bonaparte de sa propre initiative y avait ajouté les articles organiques… ! Ces fameux articles organiques reprenaient beaucoup d’idées de l’ancien gallicanisme, ils allaient ruiner en partie les espérances que l’Eglise avait fondées sur le concordat initial. Pie VII protesta vainement contre cette annexe unilatérale et peu loyale qu’il ne reconnut pas.

 

Les documents du Saint Siège doivent avoir l’approbation du gouvernement.

L’autorisation gouvernementale est nécessaire pour l’établissement d’un séminaire dont le règlement sera soumis aux autorités.

Il n’y aura qu’un catéchisme prônant l’obéissance à l’autorité.

La bénédiction nuptiale sera interdite avant le mariage civil.

« Ceux qui manqueraient à leurs devoirs envers le Gouvernement résisteraient selon Saint Paul à l’ordre établi par Dieu et se rendraient coupables du châtiment éternel »

 

Le Concordat est attaqué à droite et à gauche. Pour les uns, il donne trop de pouvoir à l’Eglise dans le Gouvernement, et, pour les autres il fait la part belle à un gouvernement suspect. Les ennemis les plus acharnés du Concordat sont les anciens jacobins, les anciens philosophes et aussi les anciens généraux.

Le clergé et les catholiques reprochaient aux articles organiques d'asservir, dans une certaine mesure, l'autorité religieuse au pouvoir civil, au gallicanisme, aux prêtres assermentés. Ils fournissaient l'occasion de continuer la lutte contre Rome et d'entretenir le schisme qui déchirait l'église de France.

Le concordat de 1801, un moment abrogé par Napoléon en1812 resta en vigueur jusqu’en 1905.Il faut ajouter qu’en 1817 le pape refusa d’approuver un nouveau concordat, négocié avec les Bourbons restaurés, parce qu’il le jugeait trop gallican.

 

Le Premier Consul voulait donner à cette ratification, une grande solennité religieuse. Voici ce qu’écrit d’ Haussonville à ce sujet:

 

«  le 18 avril 1802 un   cortège moitié civil, moitié militaire, parcourait bruyamment les rues de la capitale. Il avait à sa tête, le préfet de police, accompagné des douze maires et leurs adjoints, des commissaires de police, des juges de paix, des officiers de l'état-major et ceux des gendarmeries de la Seine. Plusieurs détachements de cavalerie avec leur corps de trompettes escortaient le fonctionnaire chargé par les consuls de donner connaissance au public des articles de la loi relative au concordat. A 11 heures, un autre spectacle excitait à son tour la curiosité de la foule. Le cardinal, Caprara revêtu de l'éclatant costume des membres du Sacré Collège, précédé de la croix que les légats a latere ont dans les grandes solennités le privilège de faire porter devant eux, et suivi du nombreux personnel de son ambassade, franchissait le portail de l’église métropolitaine. Derrière lui marchait, en habits épiscopaux, les archevêques, les évêques nouvellement nommés.

Les voitures de gala qui avaient naguère servi à louis XVI venaient d'être réparées et mises à neuf. Napoléon avait personnellement engagé les principaux fonctionnaires du nouveau gouvernement à se montrer avec apparat dans le cortège qui se rendrait à Notre Dame, mais il avait, disait-on, témoigné le désir que leur femme assistassent en grande toilette à la cérémonie.  Il y avait dans ces simples arrangements un premier essai d étiquette et comme une tentative de cour propre à frapper bien des esprits.

La famille du premier consul et tous ceux qui attachaient quelque espérance personnelle à la réussite de cette première exhibition d'un faste presque royale eurent lieu d'être pleinement satisfaits.

Quelques-uns, plus modestes ou plus parcimonieux, s’étaient contentés de faire disparaître les numéros des voitures de place qu’ils avait louées pour la circonstance. »

 

 

Profizi,Toulon le 1er décembre 1999